JAZZ OUD pour toujours

La place du Oud dans le monde du jazz (version complet)

Ces dernières années le Oud a pris une place prépondérante dans le jazz, engagé dans de multiple projets et pas des moins prestigieux. !

Célébrons les soixante ans de l’arrivée de l’instrument le plus oriental dans le vocabulaire du jazz.

En 1958, Ahmed Abdul Malik, bassiste de jazz (collaborateur de Monk, Coltrane, Blakey et Randy Weston) introduit officiellement l’oud dans l’univers du jazz, avec un tout premier album sous son nom, édité par le célèbre label Riverside.

Né Jonathan Tim Jr., à New York, et originaire de St. Vincent (des Antilles Britanniques) il revendique ses racines soudanaises , change de nom , de religion, intègre l’oud à ses instruments occidentaux (contrebasse, piano, violoncelle, tuba) et sort un album Jazz Sahara où se mélangent jazz et les musiques Arabo-Africaines. Avec ce disque et les cinq suivants, il impose l’instrument et le style sur la scène musicale,  avant-gardiste de côte Est des USA.

Peu de temps après, la côte Ouest révèle à son tour l’oudiste Hamza El Din, migrant de Nubie, qui très vite, va séduire l’ensemble des acteurs de la scène musicale modernistique Californienne.. Sa présence au festival de Newport en 1964 et ses deux albums chez Vanguard Records. Produiront un impact  instantané et planétaire…Hamza installe l’oud et sa poésie, dans le paysage musical occidental.

Depuis, de génération en génération, l’oud trouvera sa place de façon remarquable dans l’évolution des genres musicaux ou dans la multitude de mouvements qui suivront.

A présent, la boucle est bouclée avec Sandcatchers, issu du même Brooklyn que celui avait berçé Ahmed Abdul Malik.

Yoshi Fruchter, leader et oudiste du groupe ; entre autre collaborateur de longue date de John Zorn, crée autour de l’oud une forme impensable de musique, mêlant jazz avant-gardiste New-yorkais aux atmosphères du moyen orient et aux sonorités “d’ Américanda” .Une forme musicale typiquement nord américaine qui repose sur une section rythmique jazz, et une guitare ” lap steel”, ouvrant un espace de dialogue harmonieux avec l’oud [1]. Toujours inspiré par la musique juive nord africaine des ancêtres de Yoshi.

Dans la culture arabe, l’oud est « l’instrument roi », Il est le prolongement des cordes vocales et il a accompagné les grandes voix arabes et arabo-andalouses.

Instrument très ancien, il trouve ses origines dans les montagnes entre l’Iran et l’Azerbaïdjan, pré islam. Au fil des siècles l’instrument évolue et radie sur l’ensemble du basin de la méditerranée, après une traversée de l’empire Ottoman, de la Turquie et  des pays arabes.) Cet instrument à 11 cordes (3 basses et 4 en double) est probablement l’ancêtre de la guitare et sans doute la V.O. du luth Européen.

Dans les années 70, sous l’impulsion du grand oudiste irakien Munir Bachir, l’oud décroche la place d’instrument soliste et révèle des capacités d’improvisation insoupçonnées. A vrai dire Munir Bachir (suivi de son fils, Omar Bashir) a donné au Oud ses lettres de noblesse , tout l’affranchissant de ses carcans et de son rôle figé[2]. Dès lors l’ oud devient universel surtout dans l’univers du jazz, où l’improvisation est la première règle du jeu. La rencontre entre  jazz et proche orient est consommée.

L’impulser du « Jazz Oriental » c’est Fawzi Al-Aiedy, compatriote de Munir Bashir, qui s’installe à Paris au début des années 70’s. Oudiste de haut niveau mais aussi vocaliste et joueur de luth et de haut bois, il va très rapidement lancer son projet « L’Oriental Jazz », y associant des jazzmen français de renommé notamment les trois François : Mechali, Couturier et Verly. Très vite il obtient toute la reconnaissance du public occidental. Dès lors s’ouvre dans le jazz, une nouvelle  l’ère, celle de l’oud, qui demeure dynamique depuis plusieurs décennies maintenant et ce depuis l’Europe.

Les années 80 seront fécondes, au développement de “l’oud jazz” De nombreux artistes venus des pays arabes, assoiffés d’apporter leur pierre à l’édifice et à leur nouvel environnement, vont se fondre dans le paysage musical de façon efficace et naturelle. Vers le jazz fusion ou le rock progressif en pleine restructuration et féru de formations atypiques ou expérimentales, de sonorités nouvelles et d’expressions musicales innovantes.

Rabih Abou-Khalil fait partie des fondateurs et reste un des représentants le plus aventureux et excitant de ce mouvement planétaire. Il sera un des tous premiers à utiliser de terme « World Jazz ».

Extraordinaire soliste, il compose dans tous les registres, avec beaucoup de génie et toujours un zeste d’esprit

Originaire du Liban, ‘il émigre, en 1981 de Beyrouth à Munich fuyant la guerre civile. Ce’sera le point de départ  d’une belle carrière discographique  La majorité des ses 23 albums ont été produits sous les meilleurs labels de jazz Allemands (ECM, ENJA, MMP). Y sont associés Le top, des jazzmen américains et européens tels : Charlie Mariano, Sonny Fortune, Joachim Khun, Michel Goddard, Steve Swallow

Chacun des disques de Rabih Abu-Khalil pour le label Enja est une aventure musicale thématique, totalement inattendue, avec de es pochettes dont l’esthétique magnifique, très élaborée en fait de véritables toiles.

C’est avec ces deux artistes Tunisiens, Anouar Brahim et Dhafer Youssef, que le « Jazz Oud » arrive à son sommet et devient vraiment célèbre.

Des 1991, le label de jazz Européen le plus réputé, ECM, dévoile son oudiste, un musicien de choix :  Anouar Brahim qui réussira même à convertir es Ayatollahs du jazz, avec sa musique nettement plus poétique et sobre que celle de Rabih Abou-Khalil et encore plus ancrée dans les normes du jazz, que celle de Fawzi Al-Aiedy,.surtout dans ses connivences avec les chef accordéonistes ;  Richard Galliano et Jean-Louis Matinier.

Dhafer Youssef est l’autre vedette incontournable du « jazz oud » .Il capte un public plus large et plus jeune. Doté d’une voix et d’une technique de chant exceptionnelle, un peu mystique ! Dhafer joue un oud énergétique, et crée une ambiance “Ethno jazz et World fusion” aux accents “d’ Electro Soufi”  le nouveau « New age »

Le  21ème siècle sera porteur d’un élan créatif, mondial et sans précédent dans le monde du « jazz oud »

Ces dernières années toutes sortes de projets et pas des moins prestigieux ont jailli autour de l’oud.

A la tête de ce phénomène un ferment de jeunes talents prolifiques et érudits dont certains les plus en vogue : deux musiciens égyptien d’origine : Joseph Tawadros et Mohamed Abozekry, chacun, enfant prodige.

Joseph Tawadros , est “poly instrumentiste” forcené , il sait  comment enrichir ses projets avec le concours de la crème des jazzmen US  John Abercrombie, Jack Dejohnette, Christian McBride

Mohamed Abozekry lui est Parisien. Oudiste phénoménal, il débute une carrière explosive à la tête du groupe le plus progressif du jazz oriental, Heejaz, paru en 2013 et une suite  Heejaz Extended  sorti en 2015.

Avec son nouveau projet : le Trio Abozekrys (en compagnie de son frère Abdallah), il réalise un nouveau tour de force du « jazz oud » avec un bel et tout nouvel album Don’t replace me by a machine.

Agile, flexible et performant l’ oud est un instrument différent, dans les mains de chacun de  ces maîtres exactement comme une guitare. Ce qui en fait un phénomène des  temps modernes. Quelles que soient les différences, de style, d’influences, d’instrumentation, Jazz, blues, musique Africaine, Flamenco; musique ancienne ou moderne, plus fusion ou plus orchestré

Les étoiles montantes, toujours à la lisière du “jazz ‘n world” nous viennent de tous les  pays arabophones. :

d’Algérie, l’épatant soliste Abbas Bouras et Faycal Salhi qui dirige Oriental jazz quintet ; de Jordanie, Ahmad Al Khatib ; de Somalie Geediga Nabada ; du  Maroc :  Oud lyrique de Yacir Rami, Oud électrique de Ayoub El Machatt, Oud, gambrie et vocal de Majid Bekkas Oud multi facettes de Driss el Maloumi. Son dernier projet très ambitieux est le groupe 3MA qui réunit 3 maîtres aux instruments à cordes, de trois pays africains : du Mali : Ballaké Sissoko (kora), de Madagascar : Rajery (valiha) et  du Maroc Driss (oud).

Parmi les autres oudistes de jazz émergeant,  on trouve : d’Azerbaïdjan : Yasef Eyvazov, d’Iran : Arman Sigarchi, de Grèce : Aleko Vretos, d’Arménie : Ara Dinkjian, qui était le leader du groupe de jazz fusion très populaire des années 80, Night Arc.

Le oud tient aussi une très grande place dans les musiques turques dont le nouveau porte parole Memet Polat, vient de sortir un nouveau CD, très jazz & world, Ageless Garden, sur son label Aftab, distribué en France.

Parmi les Français, on retrouve bien évidement deux virtuoses/multi instrumentistes, Titi Robin et Henri Agnel, qui accordent une place privilégiée à l’oud dans leur quête de musiques sans frontières. Thierry, modeste, curieux et très généreux a contribué au monde du « jazz oud » et à celui du  jazz tout court ,avec son attirance pour le système « Harmololdic » d’Ornette Coleman et ses morceaux comme  Haden’s Way véritable hommage à Charlie Haden. Un incroyable, titre où il joue de l’oud à la façon d’une contrebasse  et  de Charlie Haden!!

Egalement, on trouve l’oud dans le jardin sacré du Jazz français et celui de Claude Barthelemy, le top guitariste et ancien chef de ONJ (Orchestre Nationale du Jazz)…même Django savait s’amuser avec l’oud. Il a d’ailleurs interprété, avec,  une version délicieuse de son Swing 42.

D’autres phénomènes «oudistiques» : Medhi Haddab (d’Algérie), Smadj (Tunisie), en solo et en duo (DUOUD) et un album, extraordinaire ensemble, intitulé Wild sernade (2003) Chacun avec leur instrument électrifié, ils partagent de nombreuses scènes.

Medhi Haddad, Rodolphe Burger et le chanteur breton Eric Marchand ont dépassés toutes les frontières du oud traditionnel en passant au rock le plus « Hendrixien ».  L’album Kalachnikov de Medhi Haddab, restera dans les annales du oud électrifié.

Depuis le début de ce siècle on peu écouter une multitude de duos et  de trios originaux construits autour de l’oud et plus ou moins lié au jazz  ou aux musiques improvisées et issu des 4 coins du globe, des exemples : Faran Ensemble, Barbat Ensemble, Near East Music Ensemble, Nashaz dirigé par l’oudiste Anglais, Brian Prunket les plus renommés sont deux trio de frères, de Jordanie : The Khoury Project et de Palestine : TheTrio Jourban.

Last but not least !  Kamylia Joubran, oudiste palestienne a aussi emprunté les chemins du jazz avec la contrebassiste Sarah Murcia en composant et en chantant de la poésie arabe contemporaine. Aussi le oud est un des rares instruments orientaux, joué à la fois par les femmes et les hommes et ce dans tous le moyen orient…mais ce sujet fera l’objet peu être d’un  prochain chapitre et d’un autre article.

Sir Ali

10/2018

 

JAZZ OUD pour toujours

La place du Oud dans le monde du jazz

[1]          -: What we found along the way (Chat Records), le dernier album de Sandcatchers.

[2]        l’album Babylon Moods (1973), où Munir Bashir Quartet mélange le Raga Indien, au rock , au jazz psychédélique aux musique classique et populaire Irakienne.

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