Parole de Jazz

Jazzophone 19

Le jazz s’est révélé au jeune adolescent que j’étais dans un contexte singulier et un endroit improbable. Pourtant, l’impact de cette première initiation ne m’a jamais quitté, au point de devenir la fondation de la passion que j’ai développée pour le jazz, séduit par son aspect de musique poly-dimensionnelle.

Téhéran, très cosmopolite à la fin des années 60, servit de terrain propice à cette rencontre. Mon grand cousin, Farokh (l’intello mélomane de la famille), m’attira dans une salle malfamée pour assister au concert de Lloyd Miller. Il éclairera ma lanterne «Oui, du jazz…mais pas que! Ce n’est pas the Kinks ou the Who mais ta tête va exploser encore plus!». Il avait raison. L’homme sur scène savait rendre la musique magique… en improvisant, il la magnifiait en renouvelant sans cesse son atmosphère!

L’Américain iranisé Lloyd Miller jouait du sax, trompette, piano (et une dizaine d’autres instruments occidentaux) ainsi que des santur, ney, tar (et plusieurs instruments traditionnels persans et asiatiques). Accompagné par une section rythmique élastique, il jouait du dixieland, bop, fusion, free, swing…et parvenait à y greffer ses interprétations des musiques populaires et classiques iraniennes…tout en allant d’un instrument à l’autre, en prenant soin de ne jamais rester figé sur un instrument ou un style musical! Grâce à son sens de l’improvisation sans fard, il maîtrisait les durées de chaque élément, son positionnement et la façon de l’emballer, sans doute dans le but de capter l’attention d’un public profane mais aussi pour exercer ses idéologies musicales.

J’ose dire que c’était le précurseur du «Jazz & World». J’avoue également avoir réalisé à quel point ces paramètres étaient indispensables après des décennies à écouter des milliers de disques et assister à des centaines de concerts. D’ailleurs, mon cheval de bataille de toujours (professionnel et personnel) perpétue cette même approche d’associer le jazz avec les musiques du monde. Assurément, le jazz, dés le départ, était une musique incorporant de nombreuses influences en dehors du «black de New Orleans»…et on peut admettre que c’est ce qui lui a donné sa richesse, sa force et sa flexibilité. C’est pour cette raison que le jazz est bien plus qu’une musique. C’est un mode de vie ou une attitude affirmée et même carrément une religion. C’est ma religion, dans tous les cas!

Sir Ali

P.S.: Lloyd Miller, à 80 ans, reste actif et productif, en donnant des concerts, des conférences et des cours de jazz et de musique du Grand Asie. Yusef Lateef le considère comme «L’homme le plus cool de la planète».

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